Cadrage, angle et mise en récit
Pourquoi la manière de dire compte autant que ce qui est dit
Deux personnes peuvent parler du même événement
et donner l’impression de parler de deux choses différentes.
Pourtant, les faits peuvent être les mêmes.
Cette différence vient souvent de la manière de présenter l’information :
le cadrage, l’angle choisi et la mise en récit.
Comprendre cela permet de mieux lire les discours publics
sans avoir l’impression qu’on nous ment en permanence.
Le cadrage : mettre un cadre autour d’un sujet
Le cadrage, c’est la manière de définir le sujet dont on parle.
Il consiste à décider :
- de quoi on parle exactement,
- sous quel angle,
- avec quelles limites.
Par exemple, un même sujet peut être cadré comme :
- un problème économique,
- un problème social,
- un problème de sécurité,
- un problème moral.
Chaque cadrage oriente la compréhension
et les solutions qui semblent possibles.
Le choix de l’angle
L’angle correspond au point de vue adopté pour traiter un sujet.
Il s’agit de décider :
- ce que l’on met en avant,
- ce que l’on traite en priorité,
- ce que l’on laisse en arrière-plan.
Un angle ne dit pas tout.
Il sélectionne.
Ce choix est inévitable,
car aucun discours ne peut tout dire en même temps.
Dire sans mentir, orienter sans falsifier
Un discours peut :
- être factuellement exact,
- sans être complet,
- sans être neutre pour autant.
En mettant l’accent sur certains éléments
et en en laissant d’autres de côté,
un discours peut orienter la compréhension
sans inventer de faits.
Cela ne signifie pas forcément manipulation.
Cela signifie sélection.
La hiérarchisation de l’information
Tout ce qui est dit n’a pas le même poids.
La hiérarchisation consiste à décider :
- ce qui est dit en premier,
- ce qui est répété,
- ce qui est relégué à la fin,
- ce qui est à peine mentionné.
Ce qui est mis en avant paraît plus important,
même si ce n’est pas toujours le cas dans la réalité.
Les mots ne sont jamais neutres
Le choix des mots influence fortement la manière dont un sujet est compris.
Parler de :
- “réforme” ou de “régression”,
- “charge” ou de “contribution”,
- “incident” ou de “violence”,
ne provoque pas les mêmes réactions,
même si les faits sont proches.
Les mots créent un cadre mental
avant même toute analyse.
La mise en récit
Un discours public raconte presque toujours une histoire.
Il peut y avoir :
- des causes,
- des responsables,
- des victimes,
- des solutions,
- un avenir souhaitable ou inquiétant.
Cette mise en récit aide à comprendre,
mais elle simplifie souvent une réalité complexe.
Une bonne histoire est plus facile à retenir
qu’une analyse nuancée.
Ce qui est dit et ce qui ne l’est pas
Un discours ne se définit pas seulement par ce qu’il dit,
mais aussi par ce qu’il ne dit pas.
Certains éléments peuvent être :
- absents,
- minimisés,
- renvoyés à plus tard.
Se demander ce qui manque
est souvent aussi important
que d’analyser ce qui est présent.
Pourquoi ces mécanismes sont normaux
Aucun discours ne peut être :
- complet,
- neutre,
- parfaitement équilibré.
Le cadrage, l’angle et la mise en récit
sont des outils nécessaires
pour rendre le monde compréhensible.
Le problème apparaît
lorsqu’on oublie qu’il s’agit de constructions.
Ce que ce chapitre doit laisser
À la fin de ce chapitre, le lecteur devrait pouvoir se dire :
“Je comprends mieux comment un même fait peut être raconté de plusieurs façons.”
Cette compréhension permet :
- de prendre du recul,
- d’éviter les réactions immédiates,
- de comparer les discours plus sereinement.