Décrypter l’information et les discours publics

Réalité, information et discours

Lorsqu’un événement se produit, ce qui circule dans l’espace public n’est jamais la réalité elle-même.

  • La réalité correspond à ce qui se passe effectivement.
  • L’information correspond à ce qui est rapporté à propos de cette réalité.
  • Le discours correspond à la manière dont cette information est présentée.

Ces trois éléments sont liés, mais ils ne sont pas identiques.

Une information est toujours une représentation partielle de la réalité.
Elle dépend de ce qui est observé, connu ou disponible à un moment donné.

Le discours va encore plus loin : il organise l’information, il la met en forme, il lui donne une signification.

Sans cette distinction, il devient difficile de comprendre pourquoi des informations différentes peuvent exister sur un même sujet.


Sélection, cadrage et construction

Produire une information implique toujours de faire des choix.

Il faut décider :

  • de quoi il est question,
  • par quel aspect commencer,
  • ce qui est mis en avant,
  • ce qui est laissé de côté.

Ce travail de sélection est inévitable. Il ne signifie pas automatiquement manipulation ou intention cachée.

Le discours fonctionne de la même manière. Parler d’un sujet, c’est déjà le cadrer : définir ce dont il est question et ce qui n’en fait pas partie.

Deux discours différents peuvent donc exister sur un même fait sans que l’un soit nécessairement mensonger.


Statut des contenus et temporalité

Toutes les informations n’ont pas le même statut.

  • Certaines reposent sur des faits observables.
  • D’autres s’appuient sur des données mesurées.
  • D’autres encore sont des estimations, des projections ou des hypothèses.

Dans l’espace public, ces différents statuts sont souvent mélangés, sans être clairement distingués.

À cela s’ajoute une autre dimension : le temps.

Une information est toujours liée à un moment précis. Elle dépend des données disponibles à ce moment-là.

Ce qui est exact à un instant donné peut devenir incomplet plus tard ou être corrigé avec de nouvelles informations.

Un changement d’information ne signifie donc pas forcément qu’il y avait mensonge auparavant.


Exactitude, orientation et tromperie

Une information peut être factuellement exacte tout en orientant la compréhension.

Cela peut se produire lorsqu’elle est :

  • présentée sans contexte,
  • présentée sans comparaison,
  • focalisée sur un seul aspect,
  • privée d’éléments importants.

Dans ces cas-là, il n’y a pas forcément mensonge. Mais la compréhension produite peut être partielle ou biaisée.

Il est donc utile de distinguer :

  • l’exactitude d’une information,
  • et l’effet qu’elle produit sur la perception.

Tromper ne signifie pas toujours mentir.


Hiérarchisation, récit et mise en forme

Un discours ne se contente pas de transmettre des éléments. Il les organise.

Certains faits sont placés au centre, d’autres deviennent secondaires, d’autres encore sont à peine mentionnés.

Cette hiérarchisation crée une impression d’importance.

Les discours publics prennent souvent la forme de récits.
Ils présentent :

  • des causes,
  • des responsables,
  • des conséquences,
  • des solutions.

Ces récits permettent de rendre le réel compréhensible, mais ils simplifient des situations souvent complexes.


Mots, cadres symboliques et pouvoir du langage

Les mots utilisés dans un discours ne sont jamais neutres.

Ils portent des connotations et orientent la manière dont une situation est comprise.

Changer de vocabulaire peut modifier le cadre de réflexion, sans modifier les faits eux-mêmes.

Le langage contribue ainsi à définir :

  • ce qui paraît normal,
  • ce qui semble acceptable,
  • ce qui devient impensable.

Ce pouvoir du langage agit souvent sans être remarqué.


Acteurs, contextes et objectifs

Un discours n’existe jamais hors contexte.

Il est toujours produit par quelqu’un, adressé à un public, dans une situation donnée.

Les objectifs peuvent être multiples :

  • informer,
  • communiquer,
  • convaincre,
  • justifier une décision,
  • mobiliser,
  • rassurer,
  • inquiéter,
  • légitimer une position.

Un même discours peut poursuivre plusieurs de ces objectifs en même temps.

Identifier ces éléments permet de comprendre un discours sans supposer automatiquement de mauvaises intentions.


Circulation, visibilité et absence

Les informations et les discours ne circulent pas tous de la même manière.

Certains deviennent très visibles, d’autres restent discrets ou invisibles.

La visibilité dépend souvent :

  • de la simplicité du message,
  • de l’émotion qu’il suscite,
  • de sa capacité à être repris et partagé.

L’absence de traitement d’un sujet ne constitue pas une preuve de dissimulation.

Invisibilité ne signifie pas nécessairement mensonge ou complot.


Émotion, réception et interprétation

L’information et les discours sont reçus par des personnes qui ont des expériences, des valeurs et des émotions.

L’émotion attire l’attention et facilite la mémorisation.

Elle n’invalide pas une information ou un discours, mais elle peut en masquer les limites ou renforcer certaines interprétations.

La réception d’un message dépend donc autant de son contenu que de la manière dont il est perçu.


Désaccords, interprétations et confusions fréquentes

Des désaccords peuvent exister sans qu’il y ait mensonge ou mauvaise foi.

Deux interprétations différentes peuvent venir :

  • de cadres différents,
  • de priorités différentes,
  • d’objectifs différents.

Certaines confusions reviennent souvent :

  • confondre information et justification,
  • confondre fait et interprétation,
  • confondre absence d’information et dissimulation,
  • confondre désaccord et manipulation.

Comprendre ces distinctions permet de discuter plus sereinement et d’éviter des conflits inutiles.