Droits, citoyenneté et exclusions
Droits, citoyenneté et exclusions
Rappel (lien avec le niveau 2)
Au niveau 2, on a vu que les droits ne sont jamais “naturels”. Ils sont :
- définis par la loi,
- appliqués par des institutions,
- et distribués de manière inégale selon les périodes.
Ce chapitre sert à vérifier :
qui a eu quels droits, quand, comment, et avec quelles limites.
Repères historiques essentiels (1789 – XXᵉ siècle)
Quelques dates-clés pour se repérer :
- 1789 : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
→ droits proclamés universels… mais réservés en pratique. - 1848 : suffrage universel masculin.
- 1944 : droit de vote des femmes en France.
- 1945–1946 : Sécurité sociale, citoyenneté sociale renforcée.
- 1946 : Constitution reconnaissant l’égalité… tout en maintenant l’Empire colonial.
- 1962 : fin de la guerre d’Algérie, redéfinition de la citoyenneté impériale.
Point clé : les droits progressent par étapes, avec de longues périodes d’exclusion.
Droits formels et droits réels : une différence décisive
L’histoire montre une constante :
avoir un droit sur le papier ne garantit pas de pouvoir l’exercer.
Exemples récurrents :
- droit de vote sans accès réel à l’information,
- droits sociaux sans moyens matériels,
- égalité juridique sans protection contre les discriminations.
Les historiens parlent souvent d’écart entre droit formel et droit effectif.
Qui a été exclu — et comment
Femmes
- Exclues du suffrage jusqu’en 1944.
- Longtemps considérées comme mineures juridiques.
- Accès progressif mais tardif à l’autonomie civile et professionnelle.
Repère simple : en 1940, plus de la moitié de la population adulte n’a pas le droit de vote.
Populations colonisées
Dans l’Empire français :
- distinction entre citoyens et sujets,
- droits civils limités,
- absence de droits politiques réels.
Exemple marquant :
- le Code de l’indigénat (fin XIXᵉ – milieu XXᵉ siècle), qui instaure un régime d’exception pour des millions de personnes.
Point clé : l’universalisme républicain coexiste longtemps avec une citoyenneté à plusieurs vitesses.
Étrangers et immigrés
Selon les périodes :
- droits sociaux partiels,
- droit de vote absent,
- statuts précaires,
- surveillance administrative renforcée.
Ces exclusions touchent des travailleurs pourtant indispensables à l’économie, parfois sur plusieurs générations.
Données et ordres de grandeur
Quelques repères utiles :
- Jusqu’en 1944, environ 50 % des adultes sont exclus du vote (les femmes).
- Dans l’Empire colonial, des dizaines de millions de personnes vivent sous domination française sans citoyenneté pleine.
- La Sécurité sociale (mise en place en 1945) concerne d’abord les salariés, puis s’étend progressivement.
Ces ordres de grandeur montrent que l’égalité politique et sociale est récente.
Débats historiographiques : universalisme ou hypocrisie ?
Les historiens débattent notamment de :
- la sincérité et les limites de l’universalisme républicain,
- la contradiction entre droits proclamés et pratiques coloniales,
- la lenteur des avancées pour certaines catégories.
Deux points font largement consensus :
- Les exclusions sont structurelles, pas accidentelles.
- Les avancées viennent rarement sans pressions sociales et politiques.
Quand les droits reculent
L’histoire montre aussi que les droits peuvent reculer :
- régimes autoritaires,
- états d’exception,
- périodes de crise,
- guerres.
Ces reculs touchent souvent en priorité :
- les étrangers,
- les minorités,
- les populations déjà précaires.
Conclusion simple : les droits ne sont jamais définitivement acquis.
Usages politiques contemporains
Le passé est souvent mobilisé pour dire :
- “la France a toujours été une démocratie”,
- “les droits sont notre ADN”.
Ces formules simplifient l’histoire.
Elles masquent :
- la lenteur des conquêtes,
- les exclusions durables,
- les luttes nécessaires pour rendre les droits effectifs.
Ce que l’on peut affirmer sans tricher
À partir des faits, on peut dire que :
- les droits sont des constructions politiques datées ;
- l’égalité réelle est récente et fragile ;
- l’exclusion a longtemps été la norme pour de larges pans de la population ;
- les avancées viennent presque toujours de pressions collectives ;
- sans vigilance, les droits peuvent reculer.
Conclusion centrale :
la citoyenneté n’est pas un état naturel,
c’est un équilibre politique instable, sans cesse renégocié.
Références (pour vérifier)
- Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen.
- Gérard Noiriel, Le Creuset français.
- Michelle Perrot, travaux sur l’histoire des femmes.
- Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser, exterminer.
- Textes constitutionnels et fondateurs : 1789, 1848, 1946.