Chapitre 9 — Chômage et qualité de l’emploi

Vous entendez “le chômage baisse” et, dans la même semaine, quelqu’un autour de vous enchaîne les petits contrats, ou dit qu’il “cherche sans être compté”. Ce décalage est courant, parce que le chômage n’est pas un thermomètre unique. Le chiffre le plus cité est le chômage au sens du BIT : c’est une définition internationale, utile pour comparer dans le temps et entre pays. Mais ce n’est pas la même chose que le nombre de personnes inscrites à France Travail, qui dépend d’autres règles administratives.

L’idée centrale du chapitre tient en une phrase : on comprend mieux le marché du travail quand on regarde ensemble qui est compté comme chômeur, qui est compté comme actif, et ce qui se passe à l’intérieur de l’emploi (heures, stabilité, conditions).

Les mots à poser (sans jargon)

Le taux de chômage “au sens du Bureau international du travail (BIT)” : c’est la part des personnes qui n’ont pas d’emploi, qui sont disponibles rapidement et qui cherchent activement. Mini-exemple : si vous n’avez pas d’emploi, que vous pouvez commencer dans deux semaines et que vous envoyez des candidatures, vous entrez dans cette définition.

La population active : ce sont les personnes qui ont un emploi ou qui sont au chômage (BIT). Mini-exemple : une personne qui étudie à plein temps et ne cherche pas de travail n’est pas comptée “active” au sens statistique.

Le taux d’activité : c’est la part des personnes (souvent 15–64 ans) qui sont dans la population active. Mini-exemple : si davantage de personnes se mettent à chercher un emploi dans une tranche d’âge, le taux d’activité monte.

Le halo autour du chômage : ce sont des personnes sans emploi qui voudraient travailler, mais à qui il manque un critère pour être comptées “chômeuses BIT” (par exemple elles ne sont pas disponibles tout de suite, ou elles ne font pas de démarches “actives”). Dit simplement, ce sont des personnes “proches” du chômage, mais pas “au chômage” au sens strict. Mini-exemple : vous voulez travailler, mais vous devez garder un proche et vous ne pouvez pas commencer rapidement.

Le sous-emploi : ce sont des personnes en emploi qui travaillent moins qu’elles ne le souhaiteraient (souvent parce qu’elles ne trouvent pas assez d’heures) et qui sont disponibles pour travailler plus. Mini-exemple : vous avez 12 heures par semaine, vous en voulez 25, et vous pouvez les faire.

Le temps partiel : travailler moins qu’un temps plein. Mini-exemple : 24 heures par semaine au lieu d’un temps plein.

Le mécanisme : un entonnoir, pas un compteur unique

Pour se repérer, imaginez un entonnoir en trois étages.

Premier étage : qui est “dans le jeu” du travail ? C’est là que le taux d’activité compte. Au troisième trimestre 2025, le taux d’activité des 15–64 ans est de 75,2 % (C3). Cela veut dire qu’une partie des 15–64 ans travaille ou cherche du travail, et qu’une autre partie n’est pas “active” au sens statistique (par exemple études à temps plein, retraite, maladie longue, découragement, choix de ne pas chercher, etc.).

Un exemple en 100 personnes aide à voir le mécanisme. Sur 100 personnes de 15–64 ans, si 75 sont actives (comme l’ordre de grandeur de C3), et que 7 ou 8 parmi elles sont au chômage BIT, on est autour de 7–8 % de chômage. Si, le mois suivant, 5 personnes supplémentaires se mettent à chercher un emploi (elles entrent dans la population active), le chômage peut monter ou baisser selon ce qui arrive ensuite : ces 5 personnes trouvent-elles vite un emploi, ou restent-elles en recherche ? Autrement dit, le chômage ne dépend pas seulement des emplois disponibles, mais aussi du nombre de personnes qui “entrent” dans la recherche.

Deuxième étage : parmi les actifs, qui est en emploi et qui est au chômage (BIT) ? Au troisième trimestre 2025, le taux de chômage au sens du BIT est de 7,7 % (C1), soit environ 2,4 millions (C2) de personnes en France hors Mayotte. Ce chiffre est précieux pour suivre l’évolution, mais il dépend d’une frontière nette : “chercher activement” et “être disponible”.

Troisième étage : à l’intérieur de l’emploi, quelle est la situation réelle ? Avoir un emploi ne dit pas si on a assez d’heures, si le contrat est stable, ou si les horaires sont compatibles avec la vie quotidienne. En 2024, 17,4 % des salariés (C4) sont à temps partiel. Le temps partiel peut être choisi ou subi : choisi, par exemple, si vous voulez du temps pour des études, un enfant, un projet personnel ; subi, par exemple, si vous voudriez un temps plein mais que l’employeur ne propose que peu d’heures.

Le sous-emploi permet de viser plus directement le “manque d’heures” : en 2024, 4,3 % des personnes en emploi (C5) sont en sous-emploi. On peut être à temps partiel sans être en sous-emploi (si le temps partiel est choisi). Et on peut être en sous-emploi parce qu’on n’a pas assez d’heures, même si on a “un emploi” sur le papier.

Autour de l’entonnoir, il y a aussi les personnes qui ne sont pas “au chômage BIT” mais restent proches du marché du travail. En 2024, le halo autour du chômage représente 4,5 % des 15–64 ans (C6). Cela rappelle qu’une partie des personnes sans emploi ne rentre pas dans la case “chômeur” au sens BIT, alors qu’elles sont concernées par la question du retour à l’emploi.

Petite précaution utile : C1, C2 et C3 sont souvent présentés “France hors Mayotte”, alors que C5 et C6 viennent de l’enquête emploi sur les personnes vivant en logement ordinaire. Le message à retenir ne change pas, mais le périmètre statistique n’est pas exactement le même.

Qualité de l’emploi : ce que le chômage ne voit pas

Quand on parle de “qualité de l’emploi”, on mélange souvent plusieurs sujets. Ici, on parle surtout de trois choses concrètes : le volume d’heures, la stabilité, et les conditions de travail. On ne parle pas d’un ressenti global (“bonheur au travail”), même si cela peut compter dans la vie des gens.

Le volume de travail : est-ce que les heures obtenues correspondent aux besoins et aux souhaits ? Le temps partiel (C4) peut être un choix ou une contrainte. Le sous-emploi (C5) vise plutôt les situations où l’on veut travailler plus et où l’on peut le faire, mais où on ne trouve pas assez d’heures.

La stabilité : est-ce que l’emploi permet de se projeter, ou est-ce qu’on alterne contrats courts, périodes sans contrat, et incertitude ? On parle souvent de précarité : c’est une situation où l’on a du mal à planifier, parce que les revenus et le contrat sont instables. Mini-exemple : enchaîner des missions très courtes rend difficile la location d’un logement ou l’organisation d’une garde d’enfant.

Les conditions : horaires, pénibilité, santé, conciliation avec la vie familiale, possibilités de formation, perspectives. Deux personnes “en emploi” peuvent vivre des réalités très différentes.

Le chômage (C1, C2) répond surtout à une question : “combien de personnes sont sans emploi, disponibles et en recherche active ?” La qualité de l’emploi répond à une autre question : “quel type d’emploi, à quelles conditions, et avec quel volume d’heures ?”

Un exemple concret (pour voir les cases qui se déplacent)

Imaginez trois personnes.

Camille n’a pas d’emploi, en cherche un, répond à des annonces, et peut commencer rapidement. Elle est comptée au chômage BIT. Elle “pèse” dans le taux de chômage (C1) et dans le nombre de chômeurs (C2).

Nabil n’a pas d’emploi non plus. Il voudrait travailler, mais cette semaine il ne fait pas de démarches actives, ou il ne peut pas être disponible rapidement (par exemple faute de mode de garde). Il peut entrer dans le halo autour du chômage (C6) : il est proche du marché du travail, mais pas compté comme chômeur BIT.

Sofia a un emploi, mais seulement quelques heures par semaine. Si elle souhaite davantage d’heures et qu’elle est disponible pour les faire, elle peut être en sous-emploi (C5). Elle peut aussi être à temps partiel (C4). Si Sofia trouve un second petit contrat, le chômage ne bouge pas, mais sa situation change beaucoup.

Ce petit scénario montre pourquoi, selon la question, on ne doit pas regarder le même chiffre.

La confusion classique à corriger : “le chômage baisse, donc tout va mieux”

Une baisse de C1 peut signaler davantage de retours à l’emploi. Elle peut aussi être liée à des changements de conjoncture, à des politiques publiques, ou à un mélange de facteurs.

Mais il y a au moins trois pièges d’interprétation.

Premier piège : oublier le taux d’activité. Si le taux d’activité (C3) baisse, le taux de chômage (C1) peut baisser parce que certaines personnes sortent de la population active (elles ne cherchent plus, reprennent des études, se découragent, ou sont empêchées). Cela ne raconte pas la même histoire que “plus d’emplois”.

Deuxième piège : confondre “être compté chômeur” et “être sans emploi”. Le halo (C6) rappelle que des personnes sans emploi peuvent vouloir travailler sans entrer dans la définition du chômage BIT.

Troisième piège : croire que “emploi” = “emploi satisfaisant”. Le temps partiel (C4) et le sous-emploi (C5) montrent que la question n’est pas seulement “a-t-on un emploi ?”, mais aussi “a-t-on assez d’heures, et des conditions tenables ?”.

Quand on débat de solutions, on finit souvent par un arbitrage. On peut vouloir réduire le chômage (C1) le plus vite possible. On peut aussi vouloir améliorer la qualité de l’emploi, par exemple en augmentant le volume d’heures disponibles (C5) ou en améliorant la stabilité. On peut enfin vouloir faciliter l’entrée sur le marché du travail (C3). Ces objectifs se recoupent parfois, mais pas toujours. Il est donc normal que des visions différentes existent, selon ce qu’on priorise.

Quel chiffre regarder, selon la question ?

Si la question est “combien de personnes cherchent un emploi et peuvent travailler ?”, on regarde le chômage BIT : C1 et C2. Si la question est “combien de personnes sont dans le jeu du travail (emploi ou recherche) ?”, on regarde le taux d’activité : C3. Si la question est “combien de personnes voudraient travailler sans être comptées chômeuses BIT ?”, on regarde le halo : C6. Si la question est “combien de personnes ont un emploi mais pas assez d’heures ?”, on regarde le sous-emploi : C5. Si la question est “quelle place prend le temps partiel ?”, on regarde C4, en gardant en tête qu’il peut être choisi ou subi.

Ce qu’on peut conclure (et ce qu’on ne peut pas)

Ce qu’on peut conclure : on ne “lit” pas le travail en France avec un seul chiffre. Pour un diagnostic honnête, il faut au minimum regarder le chômage au sens du BIT (C1, C2), la participation au marché du travail (C3), et des indicateurs qui décrivent l’emploi lui-même, comme le temps partiel (C4) et le sous-emploi (C5), sans oublier les situations proches du chômage (C6).

Ce qu’on ne peut pas conclure : un chiffre, pris seul, ne dit pas si les emplois sont “bons” ou “mauvais”, ni si la situation est “juste” ou “injuste”. Ces jugements dépendent de ce qu’on valorise (sécurité, salaire, liberté de choix, conditions, équilibre de vie) et des contraintes (besoins de recrutement, qualifications, mobilité, santé, garde d’enfants, etc.).

À retenir (phrase réutilisable)

Le chômage BIT dit “qui cherche et peut travailler”, pas “qui galère” : pour comprendre ce que vivent les gens, on regarde aussi le taux d’activité (C3), le halo (C6) et, dans l’emploi, le temps partiel (C4) et le sous-emploi (C5).

Pour la suite

Si vous voulez comprendre pourquoi les chiffres ne bougent pas tous ensemble, il faut un détour par la mécanique des indicateurs (définitions, stocks et flux, comparaisons dans le temps). Si vous voulez discuter des solutions, il faut ensuite regarder les leviers possibles (formation, organisation du travail, politiques économiques, services publics de l’emploi) et ce qu’ils changent concrètement sur C1 à C6.

Repères France (à date)

Repères France (2024–T3 2025, ordres de grandeur)

  • Taux de chômage (BIT, T3 2025) : 7,7 % — INSEE (2025)
  • Chômeurs (BIT, T3 2025) : ≈ 2,4 millions — INSEE (2025)
  • Taux d’activité (15–64 ans, T3 2025) : 75,2 % — INSEE (2025)
  • Salariés à temps partiel (2024) : 17,4 % — DARES (2025)
  • Sous-emploi (2024, personnes en emploi, logement ordinaire) : 4,3 % — INSEE (2024)
  • Halo autour du chômage (2024, 15–64 ans, logement ordinaire) : 4,5 % — INSEE (2024) Sources détaillées en bas de page.

Sources

Parcours 1 - 2 - 3
Trois étapes principales : on peut suivre l’ordre recommandé ou entrer par n’importe quelle page.
1 - S'informer · 2 - Comprendre · 3 - Se former
Compléments : 4 - Solutions · 5 - Vérifier