Chapitre 5 — Indice des prix et vécu
Pourquoi on parle d’« inflation » alors que chacun voit des prix différents
Vous l’avez peut-être vécu comme ça : au supermarché, « tout a augmenté », et pourtant on vous dit à la radio que « l’inflation est retombée ». Les deux phrases peuvent être vraies à la fois, parce qu’elles ne parlent pas de la même chose.
Premier repère : l’inflation, c’est une variation des prix (la vitesse à laquelle ça monte), pas le niveau des prix. Mini-exemple : si un panier coûtait 100 € puis 110 €, on a eu +10 %. Si l’année suivante il passe à 112 €, l’inflation « baisse » (on n’est plus à +10 %, mais à +1,8 %)… alors que le panier n’a pas baissé : il est passé de 110 à 112 €.
Deuxième repère : on ne consomme pas tous la même chose, ni au même rythme. Un indice « moyen » peut donc bien décrire l’ensemble du pays tout en étant loin de votre réalité.
L’IPC : ce que mesure l’indice, et ce qu’il ne mesure pas
L’indice des prix à la consommation (IPC) est l’outil statistique qui mesure l’inflation : il résume comment évoluent, en moyenne, les prix des biens et services consommés par les ménages. Mini-exemple : on regarde un « panier » (alimentation, énergie, services, etc.) et on observe ce que deviennent ses prix d’un mois à l’autre.
La clé, c’est le mot moyenne. L’IPC dit quelque chose de vrai sur l’ensemble, mais il ne dit pas :
- ce que vit un ménage précis (qui n’a pas le même panier) ;
- ce que vivent des personnes exposées à un poste particulier (carburant, loyer, cantine, assurances…) ;
- ni pourquoi un prix « marque » davantage qu’un autre dans la tête (on n’a pas tous la même mémoire des prix).
Autre point important : l’IPC vise à comparer des prix « à qualité constante ». Autrement dit, quand les produits changent (formats, options, gamme), l’indice essaie de ne pas confondre « plus cher » et « différent ».
Comment un indice devient un « +X % » : la mécanique (sans maths)
Trois notions suffisent.
1) Le panier : une liste de biens et services représentatifs de la consommation.
2) Les pondérations : chaque poste pèse plus ou moins selon sa part dans la dépense totale. Mini-exemple : si, en moyenne, on dépense beaucoup en services, alors les prix des services « comptent » beaucoup dans l’indice.
3) Le glissement annuel : c’est la comparaison entre une date et la même date un an plus tôt. Mini-exemple : « décembre 2025 par rapport à décembre 2024 » (et pas « depuis janvier »).
On obtient alors des résultats du type : « sur un an, l’ensemble augmente de +0,9 % » (un glissement annuel), ou « en moyenne annuelle, l’inflation est de +1,0 % » (une moyenne sur l’année entière). Les deux informations parlent de choses différentes : l’une regarde un point (une date), l’autre résume une année.
Pourquoi le vécu peut diverger de l’IPC
Il y a au moins cinq raisons simples, qui se cumulent.
1) Votre panier n’est pas celui de « la moyenne ». Une personne sans voiture ne ressent pas l’énergie comme quelqu’un qui fait beaucoup de kilomètres. Un locataire et un propriétaire n’ont pas les mêmes lignes de dépense.
2) Les achats fréquents pèsent plus dans la tête que dans le budget. L’alimentation, par exemple, revient souvent : même si ce n’est pas la plus grosse part du budget de tout le monde, c’est un prix qu’on voit et revoit.
3) Les hausses visibles sont mieux mémorisées que les baisses discrètes. On repère vite une augmentation sur un produit qu’on achète souvent, mais on ne « fête » pas une baisse sur une facture qu’on ne regarde qu’une fois.
4) Les changements de qualité brouillent le repère. Si un produit devient plus cher parce qu’il est réellement différent (nouveau modèle, nouvelle formule, options), vous pouvez le vivre comme « inflation », alors que l’indice essaie de séparer les deux.
5) Les contraintes comptent autant que les prix. Si votre revenu n’augmente pas au même rythme que ce que vous payez, vous ressentez une perte de marge de manœuvre. C’est souvent là que le débat bascule vers le pouvoir d’achat (ce que votre revenu permet d’acheter), qui n’est pas exactement « l’inflation ».
Se fabriquer un repère honnête sur son propre budget
Si vous voulez comparer votre vécu à un indicateur, l’astuce consiste à faire « votre mini-indice » avec 4 ou 5 postes seulement, sans chercher la perfection.
- Notez vos dépenses mensuelles typiques par grands postes (logement, alimentation, transports/énergie, assurances, services…).
- Repérez, pour chaque poste, l’évolution récente qui vous concerne réellement (votre loyer, votre abonnement, votre plein d’essence, votre panier habituel).
- Regardez le résultat non pas comme une « vérité », mais comme un repère : qu’est-ce qui explique l’essentiel de la hausse, chez vous ?
Ce repère personnel sert surtout à mieux discuter : est-ce qu’on parle de « la moyenne », d’un poste particulier (alimentation, énergie, loyers), ou d’un problème de revenu/contraintes ?
Repères France (à date)
Repères France (2023–2025, ordres de grandeur)
- Inflation (IPC, moyenne annuelle 2023) : ≈ +4,9 % — INSEE (2025)
- Inflation (IPC, moyenne annuelle 2024) : ≈ +2,0 % — INSEE (2025)
- Inflation (IPC, moyenne annuelle 2025) : ≈ +1,0 % — INSEE (2025)
- Inflation (IPC, glissement annuel, novembre 2025) : ≈ +0,9 % — INSEE (2025)
- Poids des services dans le panier IPC (pondérations 2025) : ≈ 52,8 % — INSEE (2025)
- Poids de l’énergie dans le panier IPC (pondérations 2025) : ≈ 8,1 % — INSEE (2025) Sources détaillées en bas de page.
Ce qu’on conclut, et ce qu’on ne conclut pas
Ce qu’on peut conclure : l’IPC est un outil utile pour décrire une tendance générale et comparer des périodes, mais il ne « contredit » pas votre vécu si votre panier est différent ou si certains postes dominent votre budget.
Ce qu’on ne peut pas conclure : qu’un ménage « devrait » ressentir la même inflation que l’indice, ni qu’un désaccord entre ressenti et IPC prouve que l’indice est forcément « truqué ». La bonne question est souvent : qu’est-ce qui, dans mon budget, a le plus changé, et est-ce un cas général ou un cas particulier ?
Pour la suite
(Renvoi : Pouvoir d’achat → /3-se-former/economie/chapitre-06-pouvoir-d-achat-et-inflation/) (Renvoi : Salaires, revenus, et ce qu’on compare vraiment → /3-se-former/economie/chapitre-07-salaires-revenus-et-comparaisons/) (Renvoi : Pourquoi certains prix « marquent » plus que d’autres → /3-se-former/psychologie-sociale/chapitre-03-biais-et-memoire-des-prix/)
Sources
- INSEE — Prix à la consommation : Le glissement annuel… (Note de conjoncture, décembre 2025)
- INSEE — Prix à la consommation (Indice des) / IPC (définition)
- INSEE — Indice des prix à la consommation / IPC (description, méthode)
- INSEE — L’essentiel sur… l’inflation (repères et séries)
- INSEE — Glissement et moyenne (définition)
- Eurostat — Glossary: Harmonised index of consumer prices (HICP) (définition UE)