Chapitre 4 — Inflation : ce qui monte, pourquoi, et pour qui

De quoi parle-t-on quand on dit “inflation” ?

Quand on dit “l’inflation”, on parle d’une chose simple et d’une chose trompeuse à la fois. Simple, parce que c’est l’idée que, globalement, avec la même somme, on achète un peu moins qu’avant : par exemple, si votre budget courses est resté identique, vous pouvez avoir l’impression de remplir un peu moins le panier, ou de devoir choisir une marque moins chère. En pratique, on la mesure avec un indicateur : l’indice des prix à la consommation, ou IPC (un “panier” moyen de biens et services, comme l’alimentation, l’énergie, les transports, les loyers, les services). Trompeuse, parce qu’il n’existe pas un seul “prix” qui monte partout au même rythme : sur une même période, le carburant peut bouger beaucoup, une assurance ou une coupe de cheveux peuvent augmenter plus doucement, et d’autres postes autrement ; votre ressenti dépend donc de ce que vous achetez réellement, et à quelle fréquence.

Dans ce chapitre, on veut répondre à trois questions concrètes. Qu’est-ce qui monte, exactement : tous les prix, ou seulement certains postes comme l’alimentation, l’énergie, le logement, les services ? Pourquoi ça monte : est-ce qu’on manque de biens, est-ce que l’énergie coûte plus cher, est-ce que les entreprises répercutent leurs coûts, est-ce que la demande repart, est-ce qu’avec une hausse générale des prix l’unité monétaire achète moins qu’avant ? Et surtout : pour qui c’est un problème, et pour qui ça peut être neutre, voire favorable. Même la façon de “compter” peut changer ce qu’on comprend : une “moyenne annuelle” compare une année à l’année précédente (utile pour dire “sur l’année, c’était plutôt haut ou plutôt bas”), tandis qu’un “glissement annuel” compare un mois au même mois un an plus tôt (utile pour voir si, là tout de suite, ça accélère ou si ça se calme). Pour fixer les ordres de grandeur récents en France, et en rappelant qu’il s’agit de moyennes annuelles (pas d’un “cumul”), l’IPC a été de +5,2 % en 2022, +4,9 % en 2023, +2,0 % en 2024, puis +0,9 % en 2025 : on voit une décélération nette sur quatre ans, même si le vécu peut rester tendu sur certains postes.

Pour qui l’inflation compte vraiment

L’inflation n’est pas qu’une “statistique”. C’est un rapport de force discret entre revenus et dépenses. Si vos revenus suivent la hausse des prix, l’inflation peut être presque invisible : un salarié dont le salaire augmente au même rythme que ses dépenses “moyennes” peut maintenir son niveau de vie. S’ils ne suivent pas, elle se traduit par des arbitrages : on réduit certains achats, on renonce à des sorties, on change de marque, on reporte un soin, on repousse un projet, ou on “grignote” l’épargne pour tenir. Et comme tout le monde n’a pas la même structure de dépenses, l’inflation ne frappe pas de façon identique : un ménage qui dépense beaucoup en carburant et chauffage ne vit pas la même chose qu’un ménage urbain, chauffé collectivement, avec peu de voiture. De même, “le logement” ne pèse pas pareil selon les cas : loyer et charges pour certains, mensualité de crédit et coût de l’emprunt pour d’autres, sans parler de la part du budget que cela représente.

Pourquoi ça monte : les moteurs possibles

Ce qui complique encore, c’est que l’inflation n’a pas un seul moteur. Parfois, c’est un choc “de coûts” (un renchérissement brutal d’un coût clé, par exemple l’énergie, qui se répercute ensuite sur beaucoup de prix) qui se diffuse : si l’électricité, le gaz ou les carburants augmentent, cela peut renchérir la production, le transport, puis le prix final. Et quand ces prix se calment ou reculent, le mouvement peut aussi se voir vite dans les indicateurs : en décembre 2025, l’inflation en glissement annuel est de +0,8 %, et l’énergie recule de −6,8 % sur un an, ce qui aide mécaniquement à tirer l’inflation totale vers le bas. Parfois, c’est un déséquilibre offre-demande (trop de demandes d’achat par rapport à ce que l’économie peut produire et livrer à court terme) : si beaucoup de gens veulent acheter en même temps alors que les délais de production ou de livraison sont longs, les prix peuvent monter. Parfois, c’est un enchaînement : un choc initial, puis des rattrapages de marges, puis des négociations de salaires, puis des ajustements de prix. Dans la vraie vie, ce n’est pas “un bouton”, c’est une cascade.

Et les pouvoirs publics, comme la banque centrale (l’institution qui pilote les taux d’intérêt pour stabiliser les prix ; dans la zone euro, c’est la BCE), réagissent avec des outils qui n’ont pas tous les mêmes effets sur l’emploi, le crédit, l’investissement. Par exemple, relever les taux peut freiner les achats à crédit et l’investissement : cela peut calmer la hausse des prix, mais aussi peser sur l’activité. De la même façon, si l’inflation vient surtout d’un choc d’énergie, on pense plus naturellement à des économies d’énergie, à des aides ciblées, ou à des ajustements de factures ; si le sujet est plutôt une surchauffe de demande et du crédit, agir sur les taux touche davantage l’immobilier et l’investissement.

Les confusions fréquentes à éviter

À ce stade, les confusions les plus fréquentes méritent d’être posées clairement, parce qu’elles brouillent presque toutes les discussions. D’abord, confondre “hausse des prix” et “prix élevés” : si l’inflation ralentit, les prix continuent généralement d’augmenter, mais moins vite ; cela ne veut pas dire que le niveau des prix “revient en arrière”. Cette situation a un nom : la désinflation (l’inflation baisse, mais reste positive). La déflation, elle, désigne une baisse générale des prix : par exemple, des prix qui diminuent en moyenne sur un an, ce qui est une dynamique différente. Ensuite, confondre “inflation” et “perte de pouvoir d’achat” : l’inflation décrit les prix, la perte de pouvoir d’achat décrit l’écart entre vos revenus et ces prix ; si vos revenus montent plus vite, vous pouvez même gagner en pouvoir d’achat malgré l’inflation, et si vos revenus stagnent, vous pouvez en perdre même avec une inflation faible.

Troisième confusion : croire que “le taux d’inflation” est votre inflation personnelle. L’IPC est un panier moyen ; votre panier, c’est le vôtre. Si vous conduisez beaucoup, si vous chauffez au fioul, si vous avez un gros loyer, si vous payez une assurance qui augmente, si vous avez des enfants, vous n’êtes pas au même endroit que “la moyenne”. Quatrième confusion : prendre un chiffre mensuel pour une tendance, ou l’inverse. Un glissement annuel à +0,8 % en décembre 2025 raconte une dynamique récente ; une moyenne annuelle à +0,9 % en 2025 raconte ce qu’on a vécu sur l’ensemble de l’année. Les deux ne se contredisent pas : ils répondent à des questions différentes.

Cinquième confusion : penser que l’inflation vient toujours “de l’argent imprimé” ou toujours “des entreprises”. En réalité, les moteurs peuvent varier : un choc d’énergie, un problème d’offre, une reprise de demande, des ajustements de marges, des négociations de salaires, des règles de prix, des taxes, des taux d’intérêt, et parfois plusieurs en même temps. Selon le moteur, les solutions plausibles ne sont pas les mêmes, et les effets secondaires non plus. C’est une raison de plus pour éviter les phrases “fourre-tout” : elles empêchent de discuter des bons leviers.

Enfin, une confusion qui rend les débats stériles : confondre “explication” et “excuse”. Comprendre pourquoi les prix montent n’oblige pas à trouver ça acceptable ; et dénoncer une situation n’explique pas, à elle seule, le mécanisme. On peut tenir les deux idées en même temps, si on adopte une méthode simple : quand un chiffre circule, se demander de quels prix on parle (IPC général ou un poste comme l’énergie), sur quelle période (moyenne annuelle ou glissement annuel), quel moteur est plausible (coûts, offre-demande, cascade), et pour quel type de ménage (votre panier ressemble-t-il au panier moyen). Cette discipline suffit souvent à passer de “ça augmente” à “où, pourquoi, et qui paie”, sans mélanger diagnostic, jugement, et solutions.

Repères France (à date)

Repères France (inflation, moyennes annuelles 2022–2025)

  • Inflation (IPC, moyenne annuelle 2025) : +0,9 % — Insee (2026)
  • Inflation (IPC, moyenne annuelle 2024) : +2,0 % — Insee (2026)
  • Inflation (IPC, moyenne annuelle 2023) : +4,9 % — Insee (2026)
  • Inflation (IPC, moyenne annuelle 2022) : +5,2 % — Insee (2026)
  • Prix de l’énergie (IPC, moyenne annuelle 2025) : -5,6 % — Insee (2026)
  • Inflation sous-jacente (moyenne annuelle 2025) : +1,2 % — Insee (2026) Sources détaillées en bas de page.

Sources (officielles / pédagogiques)

  • INSEE — FAQ : « Quelle est la définition du taux d’inflation ? » (04/02/2025) lien
  • INSEE — Méthode : Indice des prix à la consommation (IPC), description (paru le 23/01/2026) lien
  • INSEE — Séries : indices des prix à la consommation (IPC), séries chronologiques (14/01/2026) lien
  • Banque de France — Dossier : Inflation (mise à jour le 13/12/2024) lien
  • Eurostat — HICP : Harmonised Indices of Consumer Prices, overview lien
Parcours 1 - 2 - 3
Trois étapes principales : on peut suivre l’ordre recommandé ou entrer par n’importe quelle page.
1 - S'informer · 2 - Comprendre · 3 - Se former
Compléments : 4 - Solutions · 5 - Vérifier