“Augmenter les salaires = inflation / chômage” : quand c’est vrai, quand c’est un raccourci

On entend souvent deux phrases très rapides : « si on augmente les salaires, ça crée de l’inflation » et « si on augmente trop les salaires, ça crée du chômage ». Ces phrases peuvent être vraies… dans certains contextes. Mais elles sont souvent utilisées comme des réflexes, sans préciser les conditions qui les rendent vraies. Le résultat, c’est qu’on transforme une question économique en slogan : “on ne peut pas”, point final.

Pour comprendre, il faut partir d’un mécanisme simple : une entreprise doit répartir ce qu’elle produit entre plusieurs usages. Si ses coûts montent (dont les salaires), elle a quelques options : augmenter les prix, réduire ses marges, améliorer sa productivité, ou réduire autre chose. Le débat “salaires = inflation” dépend donc de la question : où se fait l’ajustement ?

Quand une hausse de salaires peut pousser les prix

Une hausse de salaires peut alimenter l’inflation si plusieurs conditions se combinent : si les entreprises ont du mal à absorber la hausse (marges déjà faibles), si elles ont la capacité de répercuter (pouvoir de marché), et si la hausse n’est pas compensée par des gains de productivité. Dans ce cas, il est possible qu’une partie de la hausse se retrouve dans les prix.

Mais attention : même là, ce n’est pas une mécanique “1 pour 1”. Une partie peut être absorbée par les marges, ou par des changements de qualité/quantité, ou par des réorganisations. Et selon les secteurs, la capacité à répercuter varie énormément.

Niveau 3 — Se former : Salaires, prix, productivité : le mécanisme et les conditions

Quand “inflation” est un mauvais raccourci

Le raccourci “salaires = inflation” devient trompeur quand on oublie que l’inflation peut venir d’ailleurs (énergie, matières, chaînes d’approvisionnement, marges). Dans ces situations, on peut avoir une inflation forte sans hausse de salaires, et même avec des salaires qui suivent mal. Dans ce cas, augmenter les salaires peut être un rattrapage, pas une cause initiale.

Autrement dit : si vous ne regardez pas la cause principale de l’inflation du moment, vous risquez de traiter le symptôme comme la maladie.

Et le chômage, dans tout ça ?

Le lien “hausse des salaires = chômage” dépend aussi des conditions. Si une hausse de salaires augmente fortement le coût du travail et que les entreprises ne peuvent ni augmenter leurs prix ni absorber, elles peuvent réduire l’embauche ou chercher à automatiser. Mais l’emploi dépend aussi de la demande : si les salaires augmentent et que cela soutient la consommation, cela peut au contraire soutenir l’activité, donc l’emploi.

Le plus souvent, le débat sérieux n’est pas “salaires ou chômage”, mais : dans quels secteurs, avec quelles marges, quelle productivité, et quel partage de la valeur ?

Niveau 3 — Se former : Salaires et emploi : concurrence, productivité, demande, et pourquoi ce n’est pas une loi unique

La boussole (Niveau 1)

Quand quelqu’un dit “ça fera de l’inflation” ou “ça fera du chômage”, posez trois questions : dans quel contexte d’inflation est-on ? (coûts, demande, marges). Qui peut absorber la hausse ? (marges, productivité, prix). Et sur quel secteur parle-t-on ? (parce que tout n’a pas la même concurrence ni les mêmes marges).

Si vous ne devez garder qu’une idée : salaires, inflation et chômage ne sont pas reliés par un bouton unique. Ce sont des ajustements qui dépendent du contexte et du rapport de force.

Parcours 1 - 2 - 3
Trois étapes principales : on peut suivre l’ordre recommandé ou entrer par n’importe quelle page.
1 - S'informer · 2 - Comprendre · 3 - Se former
Compléments : 4 - Solutions · 5 - Vérifier