Qui “fixe” les prix : le marché, les entreprises, l’État… ou le rapport de force ?
On entend souvent : « c’est le marché qui fixe les prix ». Puis, dans la même discussion : « les entreprises abusent », « l’État doit bloquer les prix », ou « ce sont les taxes ». Si ces phrases coexistent, c’est parce qu’un prix n’a pas une seule cause : c’est un résultat. Il sort d’un jeu d’acteurs, de règles… et de rapports de force.
Le piège, c’est de croire que “le marché” est une sorte d’arbitre neutre qui décide à la place de tout le monde. En réalité, “le marché” n’est pas une personne : c’est une situation où des vendeurs et des acheteurs se rencontrent, avec des règles (contrats, concurrence, taxes, normes, droit). Donc la question utile n’est pas “le marché ou l’État ?” mais : qui, dans ce secteur précis, a la capacité de pousser les prix dans un sens — et qui peut l’empêcher ?
Ce qui fait bouger un prix : coûts + marge (et la place du rapport de force)
Une manière simple de clarifier beaucoup de débats, c’est de garder en tête une équation très basique : prix = coûts + marge.
Les coûts, ce sont l’énergie, les matières premières, le transport, les salaires, les loyers, le crédit… La marge, c’est ce que l’entreprise garde une fois le reste payé (pour investir, se protéger, rémunérer, absorber des coups durs, etc.). Du coup, quand un prix monte, il peut monter parce que les coûts montent, parce que la marge monte… ou parce que les deux bougent en même temps.
Ce qui change tout, c’est que coûts et marges ne se “transforment” pas automatiquement en prix : cela dépend du rapport de force. Autrement dit, la question n’est pas seulement “les coûts ont-ils augmenté ?”, mais qui a le pouvoir de répercuter — et sur qui ?
→ Niveau 3 — Se former : Comment se forment les prix : coûts, marges, profits (et ce que ces mots veulent dire)
“Les entreprises fixent les prix” : vrai… mais pas dans le vide
Dans beaucoup de secteurs, ce sont bien les entreprises qui affichent un prix. Mais elles ne le font pas librement : elles testent ce que le marché accepte. Si les clients peuvent facilement comparer et partir, une hausse passe mal. Si, au contraire, le produit est difficile à remplacer, si les clients sont captifs, ou si le secteur est dominé par quelques acteurs, la marge de manœuvre est plus grande.
C’est ça, concrètement, le pouvoir de marché : la capacité de fixer des prix sans perdre trop de clients. Et c’est aussi là que le mot “rapport de force” devient très concret : il résume, en une expression, la concurrence (ou son absence), la dépendance des clients, et le caractère “indispensable” du produit.
→ Niveau 3 — Se former : Concurrence, concentration, pouvoir de marché : quand “le marché” discipline… et quand il ne discipline plus
“Ils répercutent leurs coûts” : parfois oui, mais qui absorbe le choc ?
Quand l’énergie ou les matières montent, beaucoup d’entreprises cherchent à répercuter la hausse. Mais ce n’est pas automatique, et ce n’est pas neutre. Selon les secteurs, le choc peut être absorbé de plusieurs manières : par les clients (prix plus élevés), par l’entreprise (marges plus faibles), par les salariés (salaires qui suivent moins), ou par un mélange.
Donc même quand tout le monde est d’accord sur le fait que “les coûts montent”, il reste une question décisive : qui finit par payer ? C’est souvent là que les désaccords apparaissent : pas sur la hausse en elle-même, mais sur sa répartition.
→ Niveau 3 — Se former : Répercuter ou absorber : arbitrage prix / marges / salaires
L’État : parfois sur le prix, souvent sur les règles du jeu
L’État peut agir directement dans certains domaines (tarifs réglementés, prix encadrés, remboursement, services publics). Mais il influence surtout les prix en fixant des règles : TVA et autres taxes, subventions, normes, règles de concurrence, règles du logement, organisation de certains marchés (énergie, transports…).
C’est pour ça qu’un débat sur “bloquer les prix” ou “baisser les taxes” ne peut pas s’arrêter au geste : il faut regarder ce que ça déplace. Une mesure peut aider à court terme, mais elle peut aussi créer des effets de bord (pénuries, coût budgétaire, transfert du choc vers d’autres acteurs). Le point important, en Niveau 1, est de comprendre qu’il n’y a pas un bouton unique : on déplace des contraintes, on ne les fait pas disparaître.
→ Niveau 3 — Se former : Réguler les prix : taxes, subventions, encadrement, effets attendus et effets de bord
La boussole (Niveau 1)
Quand un prix monte (ou baisse), gardez quatre questions simples. Elles suffisent souvent à remettre un débat sur des rails : qu’est-ce qui bouge (coûts, marge, ou les deux) ? Le secteur ressemble-t-il à une vraie concurrence, ou à quelques acteurs dominants ? Quel est le rôle de l’État ici (taxes, aides, règles, prix encadrés) ? Et, au final, qui absorbe — les clients, les entreprises, les salariés… et lesquels ?
Si vous ne devez garder qu’une idée : les prix ne “tombent” pas du marché. Ils résultent d’un jeu d’acteurs, de règles et de rapports de force — et ce jeu change selon les secteurs.