Inégalités : revenus, patrimoine, services publics… on parle de quoi ?
Le mot “inégalités” est utilisé comme un verdict : “ça explose”, “ça baisse”, “c’est normal”, “c’est scandaleux”. Le problème, c’est que le mot recouvre plusieurs réalités différentes. Si vous ne précisez pas de quoi vous parlez, vous pouvez discuter longtemps en disant des choses incompatibles… tout en ayant chacun un bout de vérité.
Il y a au moins trois grandes familles : les inégalités de revenus, de patrimoine, et d’accès (services publics, logement, santé, éducation, transports). Et chacune se mesure différemment.
→ Niveau 3 — Se former : Mesurer les inégalités : indicateurs, médiane, déciles, limites
Revenus : un flux, souvent lié au travail et aux transferts
Les revenus, c’est ce que vous recevez sur une période (souvent un mois ou une année) : salaires, revenus d’activité, prestations, retraites, revenus du capital… Les inégalités de revenus peuvent baisser si les bas revenus montent, si les prestations augmentent, si le chômage baisse, etc. Mais elles peuvent aussi augmenter si les hauts revenus progressent très vite, ou si des revenus du capital explosent.
Un piège classique : confondre “moyenne” et “milieu”. Si vous regardez une moyenne, elle peut être tirée vers le haut par les très hauts revenus. La médiane (le point qui coupe la population en deux) raconte parfois une histoire différente.
Patrimoine : un stock, qui s’accumule (souvent) sur très long terme
Le patrimoine, c’est ce que vous possédez : logement, épargne, actions, entreprises, etc. C’est un stock, pas un flux. Il se construit sur des décennies, avec l’épargne, l’immobilier, et aussi l’héritage. Les inégalités de patrimoine sont souvent plus fortes et plus persistantes que celles des revenus, parce qu’un patrimoine peut générer des revenus, et se transmettre.
Donc, quand quelqu’un dit “les inégalités”, demandez : revenus ou patrimoine ? Ce n’est pas la même dynamique, ni les mêmes leviers.
→ Niveau 3 — Se former : Patrimoine et héritage : pourquoi ça pèse autant, et comment on le mesure
Accès et services : une inégalité moins visible, mais très concrète
Enfin, il y a une dimension souvent oubliée : l’accès effectif aux services (santé, école, transports), et la qualité de ces services selon les territoires. Deux ménages avec le même revenu peuvent vivre des réalités très différentes si l’un doit payer plus de privé, s’il a des temps de transport énormes, ou s’il est loin des soins. Cette dimension est difficile à résumer en un chiffre, mais elle compte énormément dans le vécu.
La boussole (Niveau 1)
Quand vous entendez “les inégalités”, posez quatre questions simples : parle-t-on de revenus, de patrimoine, ou d’accès ? Regarde-t-on une moyenne ou une médiane ? Parle-t-on “avant” ou “après” impôts et transferts ? Et de quelle période (un an, dix ans) ?
Si vous ne devez garder qu’une idée : “inégalités” est un mot pluriel. Avant de juger, il faut savoir ce qu’on mesure.